Tout ceci pour moi. J’ai toujours du mal à y croire alors que le docteur commence déjà à parler et les journalistes à se calmer. Une fois passé le blabla comme quoi je suis en forme et que ma vie va pouvoir reprendre sans problème, les journalistes se précipitent pour être le premier à poser la bonne question, celui qu’on entendra aussi par-dessus les autres. Tout à fait comme il l’avait présenté, ceci ressemble à un gigantesque jeu. Un contre tous. Sauf que ce un possède toutes les cartes en main, ainsi que certaines autres cachées dans sa manche pour parer à tout coup fourré de la meute d’adversaires. Justement voici qu’il leur renvoie la balle. Et de tous se jeter dessus, avec plus ou moins de classe, de tact et de puissance. Mais celui qui est seul ne se laisse pas démonter, il peut guider la balle jusqu’à l’adversaire voulu, comme une meute de chiens à qui l’on ferrait miroiter un bel os. Voici qu’il lâche la balle devenue os, qui est tout de suite happé par le candidat élu qui n’en fait qu’une bouchée. Le maître répond et flatte tout en sortant un nouvel os qu’il jette encore une fois. Jappements furieux, puis d’un seul coup, tous se taisent pour n’en laisser parler qu’un. Changements de règles, les chiens veulent savoir pourquoi. Les chiens ont traqué le chat pour l’acculer dans un coin. Cette question me fait reprendre conscience de l’environnement qui m’entoure et de la raison de ma présence.

« N’y a-t-il pas déjà un autre Zaf sur Lamberde ? Ou même des morceaux de Zaf ? »

Réponse gênée de docteur protecteur qui semble perdu dans ses cartes :
« Non bizarrement il n’y a rien. Pas le moindre cheveu de Zaf sur Lamberde, ni la moindre trace de sa téléportation dans l’espace. Ceci nous a poussés à le déclarer mort, puis enfin d’achever sa téléportation. »




Nouveau réveil, nouveaux visiteurs. Des psychologues venus spécialement faire mon bilan. Pour savoir si je suis apte à voir le monde il paraît. S’ensuit des tests que seuls des spécialistes de la discipline peuvent interpréter. Quelle couleur préférez-vous parmi celles-ci ? A quoi pensez-vous en regardant cette immonde tache de peinture, digne d’un enfant ayant renversé son pot de peinture ? Pensez-vous à votre famille ? Vous manque-t-elle ? Ces questions toutes aussi saugrenues qu’elles sont commencent à me peser sérieusement sur le système et je ne peux m’empêcher d’énoncer un fait, tout droit sorti de ma mémoire qui vient d’être réactivée :

« J’ai déjà subi un test psychologique avant mon départ. Pourquoi un autre à l’arrivée ? Et d’ailleurs pourquoi êtes-vous là ? attaquais-je. Je suis censé être seul ! Le premier homme sur cette planète !
- En effet. Pensez à l’année à laquelle nous sommes. Rajoutez-y un centenaire. Que ressentez-vous ?
- Un grand foutage de gueule ! m’esclaffais-je. Les hommes se regardent en coin.
- Qui sommes-nous ? »

Un flash se fait en moi. Oui, pourquoi ces hommes, alors que je suis censé être seul. Que s’est-il passé ? Il a parlé de centenaire… se peut-il vraiment que ma téléportation est pris 100 ans ? En tout cas la technologie semble avoir sacrément évolué pour qu’ils soient arrivés avant moi ! L’homme qui était là à mon réveil et me ressemble étrangement entre dans la pièce et demande aux autres de sortir. Il prend une chaise et s’assoie à côté de moi.

« Bonjour » dit-il.




Les années passent et se suivent, tout en se ressemblant. La technologie s’améliore cependant. Des lave-linges à sec repassant aussi les vêtements, des vêtements s’adaptant à la forme du corps et aux gouts de son propriétaire, des véhicules totalement automatisés et même le saut dans l’espace temps grâce à une technique barbare consistant à plier je ne sais plus quoi pour produire l’effet désiré. Un truc bien compliqué expliqué pourtant de nos jours dans les écoles. J’admire dans la glace mes nouveaux implants organiques quand je reçois une communication.

« Bonjour, je suis professeur chargé d’étude sur la technique de saut dans l’espace temps, me débit une voix surexcitée. Vous devez venir le plus vite possible sur Lamberde, c’est de la plus haute importance !
- Mais pourquoi ? Que se passe-t-il là bas ?
- Vous êtes là ! Sur Lamberde ! La téléportation a parfaitement fonctionnée !
- C’est impossible – rétorquais-je – vous aviez pourtant dis qu’il n’y avais aucune chance…
- Non, non non, me coupe-t-il. Pour faire simple, voyez le saut dans l’espace-temps : on voyage très vite sans vu, puisqu’on va plus vite que la lumière ! Vous me suivez ?
- J’essaie, répondis-je.
- Formidable, formidable ! Bon, maintenant prenez ce même saut dans l’espace temps et appliquez le à votre téléportation.
- Mais je devrais être sur Lamberde depuis longtemps dans ce cas !
- Non c’est formidable, non. Votre téléportation est le premier exemple de saut dans l’espace temps ralenti, ce n’est pas arrivé instantanément sur place mais bien aujourd’hui ! »

Une fois arrivé sur Lamberde, je vais directement me voir, dans la chambre. Un clone parfait. Déjà le voici, enfin, me voici qui me réveille et l’infirmière qui s’exclame :

« De retour parmi nous, enfin !
- Il… Il semble en pleine forme, répondis-je. Tel qu’il était en partant. »




« - Qui êtes-vous ? Cette question simple me semble la seule bonne question à poser à mon interlocuteur.
- Vous. »